On me demande souvent ce qu’un chasseur d’appartement fait de ses journées. La question est légitime, le métier est encore méconnu, et l’image d’Épinal du professionnel qui “visite des appartements toute la journée” est aussi réductrice que de résumer le travail d’un chirurgien à “il opère”. La réalité est plus dense, plus variée, et plus physique que ce qu’on imagine. Voici une journée type, telle que la vivent nos dix-huit chasseurs chez Home Select, et telle que je l’ai vécue moi-même pendant des années avant de me consacrer davantage à la direction du cabinet.
7 h 15 : Le scan, avant même le café
La journée d’un chasseur immobilier à Paris commence tôt, et elle commence par un écran. Avant le petit-déjeuner, parfois avant de sortir du lit, le chasseur ouvre ses applications et ses alertes. Pendant la nuit, de nouvelles annonces ont été publiées sur les portails professionnels et grand public. Des agents ont mis en ligne des biens à 23 h, à minuit, à 5 h du matin. Le marché parisien ne dort jamais vraiment.
Le scan matinal dure entre trente et quarante-cinq minutes. Le chasseur passe en revue entre 40 et 80 nouvelles annonces en les croisant mentalement avec les profils de ses quatre à six clients actifs. La majorité sont éliminées en quelques secondes : prix hors budget, localisation inadaptée, surface insuffisante, photos qui trahissent un défaut rédhibitoire. Sur ces dizaines d’annonces, le chasseur en retient peut-être cinq ou six qui méritent un examen approfondi.
Pour ces cinq ou six biens, le chasseur creuse. Il cherche l’adresse exacte (souvent masquée dans l’annonce), consulte le cadastre, vérifie la copropriété dans ses bases de données, calcule le prix au mètre carré et le compare aux transactions récentes du quartier. Si le bien tient la route après cette analyse rapide, il passe à l’étape suivante : décrocher le téléphone.
8 h 30 : Les appels du matin : agents, gardiens, réseau
Le téléphone est l’outil principal du chasseur d’appartement. Pas l’email, pas le SMS : le téléphone. Parce que dans l’immobilier parisien, la vitesse et la relation humaine font la différence.
Premier appel : l’agent immobilier qui a mis en ligne un bien repéré dans le scan matinal. Le chasseur demande l’adresse exacte, le prix ferme ou négociable, le motif de la vente, le délai de disponibilité, et surtout, question clé, s’il y a déjà des visites programmées ou des offres en cours. La réponse à cette dernière question détermine l’urgence : si trois visites sont déjà calées pour aujourd’hui, le chasseur doit se positionner dans la matinée.
Deuxième série d’appels : le réseau off-market. Le chasseur contacte trois ou quatre agents avec qui il travaille régulièrement dans les arrondissements ciblés par ses clients. “Tu as quelque chose en préparation dans le 11e, entre 500 et 700 ? Un trois pièces avec du potentiel ?” Ces appels n’aboutissent pas tous : loin de là. Mais sur dix coups de fil passés dans la semaine, un ou deux débouchent sur un bien qui n’est pas encore sur le marché. Et ces biens-là sont souvent les meilleurs, parce qu’ils ne subissent pas encore la pression de la concurrence.
Troisième type d’appel, plus rare mais précieux : les gardiens d’immeuble. Dans les beaux immeubles parisiens, le gardien sait tout. Il sait que Madame Dupont au quatrième pense à vendre depuis que son mari est décédé. Il sait que le locataire du deuxième va partir et que le propriétaire hésite entre relouer et vendre. Ces informations ne figurent dans aucune base de données. Elles s’obtiennent par la relation de confiance, construite au fil des années : un bonjour régulier, un café partagé, une attention sincère. Un chasseur qui exerce depuis quatorze ans à Paris à des dizaines de gardiens dans son carnet d’adresses. Un chasseur qui débute n’en a aucun.
10 h : La première pré-visite : le terrain, toujours le terrain
Le chasseur enfourche son vélo ou descend dans le métro. Direction un appartement repéré la veille ou le matin même : un trois pièces de 65 m² au quatrième étage d’un immeuble haussmannien du 9e, affiché à 620 000 €. Les photos de l’annonce sont prometteuses. Mais les photos mentent.
En arrivant devant l’immeuble, le chasseur observe. L’état de la façade, le ravalement est-il récent ou à prévoir ? L’entrée, le digicode fonctionne, le hall est propre, la minuterie marché. La cage d’escalier, les marchés sont usées mais solides, la peinture est défraîchie mais pas inquiétante. L’ascenseur, il date de quand ? La maintenance est à jour ? Une affichette dans l’escalier annonce que le syndic a convoqué une AG extraordinaire le mois prochain : le chasseur note l’info mentalement, il demandera les PV.
Dans l’appartement, le chasseur passe trente à quarante minutes. Il ouvre les placards, teste les robinets, vérifie les prises, regarde derrière les meubles quand c’est possible. Il observe les murs : cette fissure au plafond est-elle structurelle ou superficielle ? Cette tache sombre sous la fenêtre de la salle de bain indique-t-elle un problème d’infiltration ? Le parquet grince au milieu du salon : est-ce du charme haussmannien ou un plancher fatigué ?
Il ouvre les fenêtres. Le bruit. C’est souvent le critère invisible qui fait basculer un avis. L’annonce disait “calme”, mais à 10 h 30 un mardi, la rue en contrebas résonne du passage des bus et des livraisons. Le chasseur note : “nuisance sonore modérée côté rue, calme côté cour”. Il prend des photos, les siennes, pas celles de l’annonce retouchées au grand angle. Les vraies, avec les défauts visibles.
En sortant, il croise le gardien. “Les charges sont de combien dans cet immeuble ?” “Il y à des travaux prévus ?” “Le quatrième étage, c’est bien celui qui a eu un dégât des eaux il y a deux ans ?” Le gardien parle, le chasseur écoute. Ces cinq minutes de conversation valent parfois plus que la visite elle-même.
Verdict intérieur : l’appartement est correct mais surévalué d’environ 8 % par rapport au marché du quartier. Le DPE en E impose des travaux d’isolation. Le ravalement semble imminent. Pour le client A, c’est un non, le budget est trop serré pour absorber les travaux. Pour le client C, qui cherche un bien avec du potentiel à rénover, c’est un peut-être, à condition de négocier significativement.
11 h 30 : Deuxième et troisième pré-visites
Le chasseur enchaîne. Un studio de 28 m² dans le 10e pour un investisseur, visite rapide, quinze minutes, le bien est propre et le rendement locatif est correct. Puis un deux pièces dans le 3e pour un couple d’expatriés, le bien est magnifique sur les photos mais la copropriété affiche un impayé de charges inquiétant sur le panneau d’affichage du hall. Le chasseur prend en note, il vérifiera avec le syndic cet après-midi.
Entre deux visites, dans le métro ou en marchant, le chasseur envoie des messages vocaux à ses clients. Des nouvelles brèves, un point d’étape, un bien écarté avec la raison. “Bonjour Sophie, je sors de la visite rue des Martyrs. L’appartement est bien situé mais le DPE est catastrophique et le ravalement n’est pas provisionné. Je ne vous le recommande pas. Je continue, j’ai deux autres pistes pour cette semaine.”
Ces messages courts et réguliers sont essentiels, surtout pour les clients qui vivent en province ou à l’étranger. Ils montrent que le chasseur travaille, qu’il avance, et que chaque bien écarté est un bien écarté pour de bonnes raisons : pas par négligence.
13 h : Pause déjeuner (pas toujours)
Le déjeuner d’un chasseur d’appartement est rarement un moment de détente. C’est souvent un sandwich pris entre deux visites, ou un déjeuner avec un agent immobilier partenaire : ces repas de réseau où se nouent les relations qui, six mois plus tard, déboucheront sur un appel du type “j’ai un bien qui n’est pas encore en ligne, ça pourrait intéresser un de tes clients”.
Le réseau d’un chasseur parisien ne se construit pas devant un écran. Il se construit à table, au comptoir d’un café, dans une cage d’escalier, devant un porche. C’est un métier de terrain et de relations humaines, et les chasseurs qui l’oublient, ceux qui pensent qu’un algorithme peut remplacer un carnet d’adresses, passent à côté de l’essentiel.
14 h 30 : Le travail de bureau : l’analyse invisible
L’après-midi commence par le travail que personne ne voit : l’analyse documentaire. Le chasseur épluche les PV d’assemblée générale du bien visité ce matin dans le 3e. Il cherche la mention de l’impayé de charges repéré dans le hall. Il vérifie si des travaux importants sont votés, en discussion, ou reportés depuis des années (mauvais signe). Il calcule le montant du fonds de travaux, le montant des charges courantes, le taux d’impayés de la copropriété.
Ce travail est austère mais décisif. Un acheteur lambda ne lit pas les PV d’AG : il ne sait même pas qu’il peut les demander avant la signature du compromis. Le chasseur, lui, les lit systématiquement. C’est dans ces documents que se cachent les mauvaises surprises : le ravalement voté à 800 000 € pour l’immeuble, la procédure judiciaire contre un copropriétaire, le syndic changé trois fois en quatre ans (signe d’une copropriété ingérable).
Le chasseur rédige ensuite ses comptes rendus de pré-visite. Pour chaque bien retenu comme potentiellement intéressant pour un client, un document structuré est préparé : photos commentées, analyse du prix, état de la copropriété, points forts, points d’attention, avis personnel. Ce document sera envoyé au client en fin de journée ou le lendemain matin.
Le conseil de Jean Mascla : Le temps passé en analyse documentaire et en rédaction de comptes rendus représente environ 30 % du temps de travail d’un chasseur. C’est le travail le moins visible mais le plus protecteur pour le client. Un chasseur qui enchaîne les visites sans prendre le temps d’analyser ce qu’il a vu est un chasseur qui vous expose à des risques.
16 h : La visite client : le moment de vérité
En fin d’après-midi, le chasseur retrouve un client pour la visite d’un bien présélectionné. C’est le deuxième bien que ce client visite depuis le début du mandat, il y a trois semaines. Le premier n’avait pas convaincu : trop de bruit côté rue. Celui-ci est plus prometteur : un trois pièces de 72 m² dans le 11e, traversant, au troisième étage avec ascenseur. Le chasseur l’a pré-visité la semaine dernière et le prix lui semble négociable de 5 % à 7 %.
Pendant la visite, le chasseur observe son client autant que l’appartement. Les réactions spontanées, le sourire devant la luminosité du salon, l’hésitation devant la cuisine étroite, le silence pensif devant la chambre des enfants, en disent plus que les critères écrits dans le mandat. Un bon chasseur lit ces signaux et adapte ses commentaires : “la cuisine peut être ouverte sur le salon en abattant cette cloison qui n’est pas porteuse : on gagne trois mètres carrés de perception d’espace”.
Après la visite, le chasseur et le client prennent un café en terrasse. Pas de pression, pas de “alors, on fait une offre ?”. Le chasseur donne son analyse factuelle, le prix du marché, la marge de négociation, les travaux à prévoir, les avantages de l’emplacement, et laisse le client digérer. La décision appartient au client, toujours. Le rôle du chasseur est d’éclairer, pas de pousser.
18 h : La négociation : l’appel qui change tout
Le client a réfléchi. Il veut faire une offre. Le chasseur rédige le document : une offre à 565 000 € pour un bien affiché à 610 000 €, soit 7,4 % en dessous du prix demandé. L’offre est argumentée : DPE en D impliquant des travaux d’isolation estimés à 15 000 €, prix au mètre carré légèrement supérieur aux dernières transactions DVF du quartier, bien sur le marché depuis six semaines sans offre ferme.
Le chasseur appelle l’agent du vendeur. La conversation est cordiale mais ferme. Le chasseur connaît cet agent, ils ont déjà conclu trois transactions ensemble. Cette relation de confiance facilite la discussion. L’agent transmet l’offre au vendeur avec la recommandation de “prendre cette offre au sérieux, c’est un acheteur solide avec un financement bouclé, accompagné par Home Select”.
Le vendeur répondra demain. Le chasseur prévient son client, raccroche, et ouvre le dossier du client suivant. La journée n’est pas finie.
19 h 30 : Le point du soir : préparer demain
Avant de fermer son ordinateur, le chasseur fait le bilan de la journée. Trois pré-visites, une visite client, une offre déposée, deux biens écartés, un compte-rendu envoyé. Il prépare le programme du lendemain : deux pré-visites programmées dans le 15e, un rappel à faire à un gardien du 7e qui devait lui donner des nouvelles d’un bien potentiel, et un point téléphonique avec un client expatrié à Londres.
Il vérifie une dernière fois les nouvelles annonces du soir : certains agents publient en fin de journée pour que le bien soit visible le lendemain matin. Une alerte attire son attention : un bien dans le 6e, pile dans les critères de sa cliente la plus exigeante. Il note l’adresse, il appellera l’agent demain à 8 h 30. Être le premier à appeler, c’est parfois tout ce qui sépare la réussite du mandat et l’occasion manquée.
Dix-huit chasseurs vivent cette intensité chaque jour chez Home Select. Depuis 2011, c’est cette énergie quotidienne, le terrain, les appels, les analyses, les négociations, qui a produit nos 1 200 mandats aboutis et notre note de 4,9/5 sur Google.
Ce que cette journée révèle du métier
Une journée de chasseur d’appartement est un enchaînement de micro-décisions : ce bien vaut-il une visite ? Ce défaut est-il rédhibitoire ou négociable ? Cette copropriété est-elle saine ? Ce prix est-il juste ? Chaque décision s’appuie sur l’expérience accumulée : les centaines de biens visités, les dizaines de négociations conclues, les erreurs vues chez les autres et évitées pour ses propres clients.
Le métier est physique : un chasseur actif marché entre 8 et 12 kilomètres par jour à travers Paris. Il est intellectuel : l’analyse de marché, la lecture de PV, le calcul de rendement exigent une rigueur constante. Il est émotionnel : accompagner un couple dans l’achat de leur première résidence, rassurer un expatrié qui doute, annoncer à un client que le bien qu’il aimait vient de partir : tout cela demande une intelligence relationnelle que les algorithmes ne remplaceront pas.
Le conseil de Jean Mascla : Si vous voulez évaluer la qualité d’un chasseur avant de signer, demandez-lui de vous raconter sa dernière semaine de travail. Pas son pitch commercial, pas ses chiffres : sa dernière semaine. Le nombre de biens visités, les agents contactés, les comptes rendus rédigés, les offres déposées. Un chasseur qui vit ce rythme au quotidien saura vous le décrire avec une précision qui ne trompe pas.
Vous voulez un chasseur qui vit le terrain chaque jour ? Rencontrez notre équipe : dix-huit professionnels passionnés, chacun avec son style et ses quartiers de prédilection, tous animés par la même exigence.
Questions fréquentes
Combien de visites un chasseur immobilier fait-il par jour ?
Un chasseur d'appartement actif à Paris réalise en moyenne 3 à 5 pré-visites par jour, soit entre 15 et 25 par semaine. Ces visites sont effectuées seul, sans le client, et servent à filtrer les biens avant de ne présenter que les meilleurs. Sur une journée chargée avec des biens dans plusieurs arrondissements, un chasseur peut enchaîner jusqu'à 6 ou 7 visites.
Un chasseur immobilier travaille-t-il le week-end ?
La plupart des chasseurs d'appartement à Paris travaillent ponctuellement le samedi, notamment pour les visites avec leurs clients qui sont en activité la semaine. Le dimanche est généralement préservé, mais un chasseur reste joignable si une opportunité urgente se présente. Le métier implique une disponibilité importante, surtout quand un bien rare apparaît sur le marché.
Combien de mandats un chasseur gère-t-il en même temps ?
Un chasseur d'appartement expérimenté gère en moyenne 4 à 6 mandats simultanément. Au-delà de 6, la qualité d'attention par client diminue. En dessous de 3, l'effet de synergie entre les recherches est limité. Ce volume permet au chasseur de croiser les opportunités : un bien visité pour un client peut correspondre parfaitement au profil d'un autre.