Points cles
- L'état daté est structuré autour de trois comptes : le compte du vendeur, les charges et travaux votés, et les avances de trésorerie.
- Depuis la loi du 9 novembre 2015, l'état daté est gratuit pour le vendeur. Le pré-état daté est plafonné à 380 euros TTC.
- Un taux d'impayés de copropriété supérieur à 15 % du budget annuel est un signal d'alerte sérieux pour l'acheteur.
- Les travaux votés avant la vente peuvent être mis à la charge du vendeur via une clause spécifique dans le compromis.
- Le fonds de travaux (obligatoire depuis la loi Alur de 2014, minimum 5 % du budget prévisionnel) n'est pas remboursable au vendeur lors de la vente.
L’état daté est un document que 90% des acheteurs parisiens n’ont jamais entendu nommer avant de recevoir leur premier compromis de vente. C’est pourtant l’un des documents les plus révélateurs de la santé financière d’une copropriété : et donc de la tranquillité future du propriétaire. On peut visiter un appartement vingt fois, admirer ses moulures et son parquet, vérifier l’exposition et le calme de la cour, sans rien savoir de la situation financière réelle de l’immeuble dans lequel on s’apprête à investir plusieurs centaines de milliers d’euros.
L’état daté comble cette lacune. En quelques pages, il révèle ce que le vendeur doit à la copropriété, ce que la copropriété a en réserve, ce que l’acheteur devra payer après l’acquisition, et, entre les lignes, si l’immeuble est bien géré ou s’il court à la catastrophe financière.
Après plus de 1 200 transactions à Paris chez Home Select, nos chasseurs d’appartement considèrent l’état daté comme une pièce aussi importante que les diagnostics techniques. Parce qu’un appartement magnifique dans une copropriété en difficulté financière, c’est un piège qui se referme lentement.
Ce que contient l’état daté : les trois comptes
L’état daté est structuré autour de trois comptes distincts, définis par l’article 5 du décret du 17 mars 1967. Chaque compte raconte une partie de l’histoire financière du lot vendu et de la copropriété.
Le compte du vendeur : les sommes dues et les sommes versées. Ce premier volet est un état des lieux financier du vendeur vis-à-vis de la copropriété a une date donnée. Il indique les provisions de charges courantes que le vendeur a versées pour le trimestre en cours, les éventuelles charges impayées (arriérés), les provisions versées pour le fonds de travaux (loi Alur), et les avances remboursables (avance de trésorerie versée à l’entrée dans la copropriété). Si le vendeur est à jour de ses charges, ce compte est propre. S’il a des arriérés, le notaire les retiendra sur le prix de vente le jour de la signature.
Le compte des charges et travaux votés : ce qui a été décidé mais pas encore payé. Ce deuxième volet est le plus stratégique pour l’acheteur. Il liste les travaux et opérations exceptionnelles votés en assemblée générale, pour lesquels des appels de fonds n’ont pas encore été intégralement émis ou réglés. C’est ici que vous découvrez, par exemple, qu’un ravalement de façade a été voté six mois plus tôt, que le devis est de 350 000 € pour l’immeuble, et que votre quote-part sera de 18 000 € : appelée en trois versements sur les dix-huit prochains mois.
Cette information est capitale. Le prix de l’appartement ne tient pas toujours compte de ces travaux votés non encore facturés. Un vendeur pressé peut mettre en vente juste après le vote d’un gros ravalement, en espérant que l’acheteur n’y prêtera pas attention.
Le compte des avances, la trésorerie de la copropriété. Ce troisième volet indique les avances permanentes de trésorerie et le montant du fonds de travaux. L’avance de trésorerie (généralement un à trois mois de charges) est remboursable au vendeur lors de la vente et réclamée à l’acheteur à son entrée dans la copropriété. Le fonds de travaux, obligatoire depuis la loi Alur de 2014, est alimenté par une cotisation annuelle d’au moins 5% du budget prévisionnel. Les sommes versées au fonds de travaux ne sont pas remboursables au vendeur, elles restent acquises à la copropriété.
Le pré-état daté : l’éclaireur avant le compromis
Le pré-état daté n’est pas une obligation légale au même titre que l’état daté, mais il est devenu un standard de la pratique parisienne. Il est fourni par le syndic avant la signature du compromis de vente et contient les informations financières essentielles que l’acheteur doit connaître pour prendre sa décision.
Le pré-état daté inclut généralement les trois derniers procès-verbaux d’assemblée générale, le montant des charges courantes et des charges exceptionnelles votées, le budget prévisionnel de l’année en cours, le montant du fonds de travaux, les éventuelles procédures judiciaires en cours, et le carnet d’entretien de l’immeuble.
Son coût est plafonné à 380 € TTC depuis 2020, à la charge du vendeur. Certains syndics le fournissent gratuitement, d’autres facturent le maximum autorisé. Dans tous les cas, c’est un investissement négligeable au regard de la valeur des informations qu’il contient.
Nos chasseurs d’appartement demandent systématiquement le pré-état daté avant de conseiller une offre. C’est un réflexe professionnel qui a évité à de nombreux clients de s’engager sur des biens dont la copropriété présentait des signaux d’alerte financiers.
Les signaux d’alerte que le chasseur repère
L’état daté est un document technique. Le lire ne suffit pas : il faut savoir l’interpréter. Voici les signaux que nos chasseurs immobiliers surveillent et qui doivent alerter tout acheteur.
Des impayés de charges significatifs du vendeur. Si le vendeur doit plusieurs trimestres de charges à la copropriété, c’est un signal de difficulté financière personnelle. Le notaire retiendra ces sommes sur le prix de vente, mais la situation pose une question : si le vendeur est en difficulté, d’autres copropriétaires le sont peut-être aussi. Un immeuble avec un taux d’impayés élevé est un immeuble en risque.
Un taux d’impayés global de la copropriété supérieur à 15%. L’état daté mentionne parfois, et les PV d’assemblée générale toujours, le montant global des impayés de la copropriété. Au-delà de 15% du budget annuel, la copropriété a un problème structurel de recouvrement. Les conséquences sont directes : le syndic ne peut pas payer les prestataires, les travaux d’entretien sont reportés, l’immeuble se dégrade. Les copropriétaires à jour de leurs charges finissent par payer pour ceux qui ne le sont pas, via des appels de fonds supplémentaires.
Des travaux importants votés avec des appels de fonds à venir. Un ravalement (150 000 à 500 000 € pour un immeuble haussmannien), une réfection de toiture (60 000 à 150 000 €), un remplacement d’ascenseur (50 000 à 80 000 €), une mise en conformité des canalisations : ces travaux votés mais pas encore facturés représentent des charges futures que l’acheteur devra assumer. Leur montant doit être intégré dans le calcul du coût total de l’acquisition.
Un fonds de travaux anormalement bas. La loi Alur impose un minimum de 5% du budget prévisionnel annuel. Mais 5% est un minimum qui ne couvre quasiment rien face à un gros chantier. Une copropriété dont le fonds de travaux est à 5 000 € pour un immeuble de 20 lots, avec un ravalement prévisible dans les cinq ans, est une copropriété qui ira au-devant de gros appels de fonds exceptionnels. Certaines copropriétés bien gérées provisionnent 15 à 20% du budget annuel : c’est le signe d’une gestion anticipatrice.
Des procédures judiciaires en cours. L’état daté et les PV d’AG mentionnent les procédures engagées par ou contre la copropriété. Un litige avec un prestataire, une action contre un copropriétaire défaillant, un contentieux de voisinage : chaque procédure à un coût (avocat, expertise judiciaire) qui sera réparti entre tous les copropriétaires. Plusieurs procédures simultanées sont un signal de gouvernance conflictuelle.
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La répartition des charges entre vendeur et acheteur
C’est le point qui génère le plus de confusion, et parfois de litiges, entre vendeur et acheteur. Qui paie quoi quand la vente intervient en cours de trimestre ou après le vote de travaux ?
Les charges courantes (budget prévisionnel). Le principe est simple : le vendeur paie les charges du trimestre en cours jusqu’au jour de la vente, l’acheteur paie à partir du lendemain. En pratique, le vendeur a généralement payé la provision trimestrielle entière. Le notaire calcule un prorata temporis et rembourse au vendeur la partie correspondant à la période post-vente, à la charge de l’acheteur.
Les charges exceptionnelles (travaux votés en AG). C’est ici que ça se complique. La règle légale par défaut, en l’absence de clause contraire dans le compromis, est la suivante : les travaux sont à la charge de celui qui est copropriétaire au moment où les appels de fonds deviennent exigibles. Si un ravalement est voté en AG en janvier et que les appels de fonds sont prévus en mars, juin et septembre, le vendeur paie l’appel de mars s’il vend en avril, et l’acheteur paie les appels de juin et septembre.
Cette règle par défaut n’est pas toujours équitable. Le compromis de vente peut prévoir une clause différente : par exemple, que tous les travaux votés avant la signature du compromis sont à la charge du vendeur, quelle que soit la date des appels de fonds. C’est une clause que nos chasseurs d’appartement négocient systématiquement quand des travaux significatifs ont été votés récemment.
Un exemple concret. Un de nos clients achetait un appartement dans le 9e arrondissement. L’état daté révélait un ravalement voté trois mois plus tôt, pour un montant de 280 000 € à l’échelle de l’immeuble : soit 14 000 € pour le lot concerné, appelé en quatre versements trimestriels. Sans clause spécifique dans le compromis, notre client aurait hérité de trois des quatre appels de fonds (10 500 €). Notre chasseur a négocié une clause mettant l’intégralité du ravalement à la charge du vendeur, puisque le vote était antérieur à la mise en vente. Le vendeur a accepté : il savait que tout acheteur informé aurait fait la même demande.
Le fonds de travaux. Les sommes versées au fonds de travaux sont définitivement acquises à la copropriété. Le vendeur ne peut pas demander le remboursement des cotisations versées, et l’acheteur ne peut pas refuser de contribuer au fonds après l’achat. C’est la règle et elle est claire.
L’avance de trésorerie. Contrairement au fonds de travaux, l’avance de trésorerie est remboursable. Le vendeur récupère son avance le jour de la vente, et l’acheteur verse une avance équivalente. Le montant figure dans l’état daté et est pris en compte par le notaire dans le décompte de la vente.
Le rôle du notaire dans le traitement de l’état daté
Le notaire ne se contente pas de joindre l’état daté au dossier. Il l’analyse, il calcule, et il agit.
Le jour de la signature de l’acte authentique, le notaire effectue plusieurs opérations sur la base de l’état daté. Il retient sur le prix de vente les sommes dues par le vendeur à la copropriété (charges impayées, appels de fonds en retard). Il calcule le prorata des charges courantes entre vendeur et acheteur. Il verse au vendeur le remboursement de son avance de trésorerie et débite l’acheteur du même montant. Il notifie au syndic le changement de propriétaire, avec les coordonnées du nouvel acquéreur.
Ce mécanisme de rétention est la principale protection de l’acheteur : les dettes du vendeur envers la copropriété ne deviennent jamais les dettes de l’acheteur, puisqu’elles sont soldées sur le prix de vente. C’est un système efficace, à condition que l’état daté soit complet et à jour : ce qui suppose un syndic réactif et rigoureux.
Un point de vigilance : l’état daté est établi à une date donnée. Entre cette date et la signature de l’acte authentique, de nouvelles charges peuvent être appelées ou de nouveaux impayés peuvent apparaître. Le notaire demande généralement une mise à jour de l’état daté si le délai entre son établissement et la signature dépasse un mois. Vérifiez que cette mise à jour a été faite.
État daté et négociation : un levier sous-exploité
L’état daté est un outil de négociation que la plupart des acheteurs non accompagnés n’exploitent pas. Nos chasseurs d’appartement l’utilisent de deux manières.
Premièrement, pour ajuster le prix d’achat. Des travaux votés non encore appelés, un fonds de travaux insuffisant face à des échéances prévisibles (ravalement dans les trois ans, toiture vieillissante), un taux d’impayés élevé qui laisse présager des appels de fonds complémentaires : tous ces éléments justifient une offre inférieure au prix demandé. Pas de manière agressive, mais factuelle : les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Deuxièmement, pour négocier les clauses du compromis. La répartition des travaux votés, la prise en charge par le vendeur des impayés de copropriété, la clause de garantie sur l’état financier de la copropriété : ces éléments se négocient au stade du compromis et ont un impact financier direct sur le coût réel de l’acquisition.
Sur les 1 200 transactions accompagnées par Home Select, la négociation liée aux éléments de copropriété (charges, travaux votés, fonds de travaux) a permis à nos clients d’économiser en moyenne 3 000 à 8 000 € par transaction : en plus de la négociation sur le prix lui-même. Ce sont des montants qui, additionnés à la négociation moyenne de 6% sur le prix vendeur, rendent l’intervention d’un chasseur d’appartement largement rentable.
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La checklist état daté pour l’acheteur
Pour synthétiser ce guide, voici les points à vérifier dans l’état daté et le pré-état daté avant de vous engager sur un achat en copropriété à Paris.
Le vendeur est-il à jour de ses charges ? Si non, le notaire retiendra les impayés : mais posez-vous la question de la santé financière globale de la copropriété. Quel est le taux d’impayés de la copropriété ? Au-dessus de 15%, la prudence s’impose. Des travaux importants ont-ils été votés récemment ? Si oui, quel est le montant de votre quote-part et quand les appels de fonds sont-ils prévus ? Intégrez ce montant dans votre budget total.
Quel est le montant du fonds de travaux ? Est-il suffisant au regard de l’état de l’immeuble et des travaux prévisibles à moyen terme ? Y a-t-il des procédures judiciaires en cours ? Si oui, quel est le coût estimé et qui le supporte ? Le compromis prévoit-il une clause de répartition des travaux votés avant la vente ? Si non, demandez à votre chasseur ou à votre notaire de l’ajouter.
L’état daté n’est pas un document glamour. Mais dans une ville où le prix moyen au mètre carré dépasse 10 000 € et où les copropriétés comptent parfois plus d’un siècle d’existence, c’est le document qui sépare l’acheteur informé de l’acheteur qui découvre les mauvaises surprises après la signature. Chez Home Select, nous préférons que les surprises arrivent avant l’engagement : quand il est encore temps de négocier, de renoncer, ou simplement de décider en connaissance de cause.
Sources
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'état daté en copropriété ?
L'état daté est un document établi par le syndic à l'occasion de la vente d'un lot de copropriété. Il dresse un bilan financier précis : charges dues par le vendeur, avances et provisions versées, sommes dont l'acquéreur sera redevable. Il est obligatoire pour toute vente en copropriété et annexé à l'acte authentique.
Qui paie l'état daté ?
Depuis la loi du 9 novembre 2015, le syndic ne peut plus facturer l'état daté au copropriétaire vendeur. Les frais de constitution du dossier de vente restent à la charge du vendeur, mais l'état daté lui-même est gratuit. Certains syndics facturent néanmoins un 'pré-état daté' : un document non obligatoire mais utile, dont le coût est plafonné à 380 € TTC.
Quelle est la différence entre l'état daté et le pré-état daté ?
Le pré-état daté est un document informatif fourni avant le compromis de vente, contenant les informations financières essentielles sur la copropriété. L'état daté est le document officiel et obligatoire, établi pour la signature de l'acte authentique. Le pré-état daté permet d'anticiper d'éventuels problèmes financiers ; l'état daté les confirme juridiquement.
Que se passe-t-il si l'état daté révèle des impayés du vendeur ?
Le notaire retient sur le prix de vente les sommes dues par le vendeur à la copropriété. Les charges impayées, les provisions non versées et les appels de fonds en retard sont déduits du prix avant versement au vendeur. L'acheteur n'hérite pas des dettes du vendeur sur les charges courantes.
L'acheteur peut-il devoir payer des charges votées avant son achat ?
Oui, pour les travaux votés en assemblée générale avant la vente mais dont les appels de fonds interviennent après. La répartition entre vendeur et acheteur dépend de la date d'exigibilité des appels de fonds, pas de la date du vote. Le compromis de vente peut prévoir une clause de répartition différente, négociée entre les parties.